Déclaration aux États-généraux sur le féminisme

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Les Caucus des femmes de diverses origines aux États-généraux sur le féminisme, le 16 novembre 2013.

À l’occasion des États généraux de l’action et l’analyse féministes, le Comité 8 mars des Femmes de diverses origines tient à soulever quelques principes importants, souhaitant ainsi interpeler l’ensemble des participantes à cet événement.

Nous saluons le mérite de rassembler des militantes de partout au Québec pour faire le point sur l’analyse et l’action féministes.

C’est malgré tout après plusieurs discussions et il faut le dire, une bonne dose d’hésitation, que certaines d’entre nous participerons finalement au colloque. Non pas que nous n’ayons rien à dire. Ce sont plutôt les craintes et les déceptions, basées sur des expériences passées et plus récentes, qui resurgissaient et nous ont fait douter de notre envie de participer aux États Généraux. Serons-nous écoutées ? Aurons-nous l’énergie de porter nos revendications de l’avant, connaissant d’avance les réponses, ou l’absence de celles-ci? À force de réflexions, nous nous sommes encouragées à être présentes pour rendre visibles, entre autres, les expériences, les demandes, les malaises des femmes immigrantes et racisées au sein de cette société, mais particulièrement au sein du mouvement féministe québécois actuel. Nous venons peut-être d’ailleurs, mais nous vivons ici, et nos préoccupations sont centrales à de très grands nombres, à ces femmes trop souvent invisibles aux yeux de la majorité. Sans vouloir créer de «nous» et de «vous», nous souhaitons seulement rappeler que nous sommes aussi vous.

Les dernières années ont permis de constater un sérieux fossé, justement entre l’analyse… et l’action féministes ! Le plus récent exemple s’illustre bien sûr dans le  débat entourant la Charte des valeurs du gouvernement québécois et ce qu’il exigerait du mouvement alors qu’une partie des femmes, essentiellement des femmes immigrantes, est ciblée et stigmatisée. Il est extrêmement dommage qu’une partie significative de féministes aient participé à ce dérapage, manifestement orchestré à des fins électoralistes par le gouvernement actuel, et fondé sur les sentiments les moins nobles (peur de l’autre, pour ne pas dire racisme ouvert).

Ce n’est pas tant d’être en désaccord entre féministes qui soit le problème. Cela se peut et c’est même tant mieux ! Pour avancer, il faut débattre, expliquer ses points de vue et surtout, prendre le temps de s’écouter. Bien que le projet de loi cible spécifiquement certains groupes de femmes, il faut penser plus large : si nos sœurs sont touchées, nous sommes touchées aussi.

Un mouvement des femmes, s’il ne peut se poser dans les choses de la vie concrète, inclure et protéger celles qui sont les plus vulnérables ou défendre celles parmi elles qui sont attaquées, ne peut se revendiquer comme le mouvement de toutes les femmes. Ce débat n’est pas futile. Il révèle la coupure qui existe encore au-delà des principes, entre les femmes immigrantes et le mouvement féministe «de souche» au Québec.

Ce débat sur la Charte révèle aussi les choix auxquels nous devons faire face comme mouvement, au-delà de discussions en atelier portant sur l’intersection des oppressions. Et bien au-delà encore de ce projet de Charte, connaissons-nous la résidence conditionnelle imposée à certaines femmes à leur arrivée au pays ? Nous préoccupons-nous du phénomène des mariages migrants ? Comprenons-nous les enjeux derrière les revendications pour une couverture de la CSST des travailleuses temporaires et des aides familiales ? Appuyons-nous la régularisation des statuts des femmes sans papier, une catégorie de femmes sans tribune. Favorisons-nous activement l’embauche de femmes de couleur dans nos organisations ? Penserons-nous, dans les prochains jours, à celles qui pour des raisons de langue, de moyens financiers, d’emploi, d’obligations familiales, de statuts d’immigration, de craintes ne seront pas parmi nous… Les représenterons-nous ? C’est cela l’épreuve du réel auquel nous désirons que le féminisme québécois se soumette. Il n’est pas seulement question de défendre «l’autre», il est question de s’approprier ces luttes de façon collective.

Si on ne réussit pas à défendre sans équivoque le droit de toutes les femmes de décider face à celui de l’État qui veut le faire à leur place – même quand on est en désaccord avec ce choix  – alors c’est qu’au-delà des vœux pieux, il y a un échec réel du mouvement des femmes au Québec à pratiquer la solidarité pour toutes et particulièrement dans le cas de la Charte, avec les femmes musulmanes vivant ici. C’est dans cet esprit, qui vise à aligner nos principes avec l’action réelle du mouvement, que nous appelons les États Généraux à se prononcer sur ce principe élémentaire à l’effet que c’est aux femmes, et non à l’État, de décider si elles souhaitent exprimer ou non leurs croyances et donc dans le cas précédant, de porter le voile ou non.

Pour nous, il y a là une belle occasion à saisir pour démontrer que le mouvement est bien celui qu’il prétend être, soit le mouvement de toutes les femmes. Allons de l’avant ! Un tel mouvement reconnaîtra et valorisera la présence de toutes les membres en son sein, s’intéressera réellement et voudra mieux comprendre les réalités multiples des femmes  immigrantes. Il reconnaîtra aussi l’impératif de les défendre, ou plutôt de nous défendre, lorsque nous sommes toutes attaquées.

Nous nous souhaitons à toutes des États Généraux inclusifs et solidaires,

14 novembre 2013

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